LES SEPT PAROLES DU CHRIST EN CROIX

Jésus a prononcé sept paroles sur la croix — sept, le chiffre de la perfection. Tout comme il s’est offert pour le salut du monde (He 9, 14), le Christ a offert ses paroles à la face des siècles, dans l’Esprit-Saint. C’est aussi dans l’Esprit que nous accueillons ces sept paroles que le Sauveur nous adresse aujourd’hui.

1.«Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).
Jésus prononce cette Parole immédiatement après avoir été cloué sur la croix, entre deux malfaiteurs, tandis que les soldats se partagent ses vêtements comme triste récompense de leur service. Il demande pardon pour ses bourreaux. Il intercède auprès de son Père en leur faveur.

L’Esprit Saint nous fait toucher du doigt la gravité du mal que nous commettons et que nous prenons parfois à la légère. À sa lumière, nous prenons conscience que tel geste ou telle parole a pu blesser notre frère. Par réversibilité, c’est aussi avec la force de l’Esprit que nous arrivons, comme Jésus, à pardonner les torts qu’on nous a causés.

2.« En vérité, je te le dis : aujourd’hui avec moi tu seras dans le paradis » (Lc 23,43).
Phrase adressée à un des deux malfaiteurs, en réponse à sa demande souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume. Jésus répond ici au besoin d’un mourant.

L’Esprit nous révèle que le paradis a déjà commencé pour nous dès lors que nous nous attachons à Jésus. Vécus dans l’Esprit, tous les instants de nos existences sont des « aujourd’hui » divins que nous pouvons passer en compagnie de l’époux de nos âmes. Cette amitié avec le Christ se renforcera au fur et à mesure que nous ferons bon accueil aux malheureux, de même que lui-même ne négligea pas la prière de son compagnon d’infortune sur la Croix.

3.« Femme, voici ton fils. Fils, voici ta mère » (Jean 19,26–27).
Parole adressée à sa mère et son disciple Jean. Au-delà du devoir filial ainsi accompli, la tradition a perçu ces mots comme la maternité spirituelle de Marie vis-à-vis des croyants représentés par le « disciple qu’il aimait ».

« Quand l’Esprit voit une âme mariale, il se précipite en elle » disait Marthe Robin. Vivre avec et en Marie, comme Jésus nous y invite par cette troisième parole, c’est accueillir dans le même temps Celui qui l’a prise sous son ombre à l’Annonciation : l’Esprit- Saint. À l’école de la troisième Personne de la Trinité et de la mère du Crucifié, le croyant comprend que la douceur représente la véritable force qui change le monde ! Révolution des Béatitudes !

  1. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46).
    Mots criés « à voix forte » en araméen Eloï, Eloï, lama  sabbaqthani ? Souffrance suprême du sentiment d’abandon : la nuit obscure de l’homme Jésus. De nombreux psaumes parlent des souffrances physiques du Seigneur (Ps 22), d’autres des souffrances morales (Ps 88). C’est la seule parole dite par Jésus durant les heures de ténèbres. Durant celles-ci, il parle à son Dieu et non pas à son Père.

L’Esprit Saint nous tourne vers le Père au sein même des situations les plus compromises, celles où nous aurions envie de nous révolter. Pourquoi ? Parce que l’Esprit représente le lien indestructible qui unit le Père et le Fils. Lien, l’Esprit l’est aussi entre les créatures et le Créateur. C’est donc en Lui que nous en appelons à Dieu dans un dernier sursaut d’espérance.

  1. « Jésus dit, pour que toute l’Écriture s’accomplisse : J’ai soif » (Jn 19,28).
    Jésus dit cette parole après avoir passé 6 heures sur la croix. Elle montre que le Seigneur a connu toutes les souffrances d’un crucifié. Ce cri met en évidence son humanité.

L’Esprit nous fait ressentir le désir lancinant de Jésus que les hommes se tournent vers lui – lui qui est la source d’eau vive, c’est-à-dire la source de l’Esprit précisément. Jésus, l’amant de nos âmes, ne nous a pas aimés à sens unique : il désire que nous lui rendions amour pour amour. C’est l’Esprit d’amour qui lui fait mendier notre amour, de même que c’est l’Esprit qui nous fera répondre positivement à la demande de Jésus. Enfin, âme de la mission, l’Esprit nous poussera à faire aimer le Crucifié par nos frères.

  1. « Tout est accompli » (Jn 19,30).
    Phrase prononcée après qu’il eut pris le vinaigre. Mission accomplie et paix retrouvée. Jésus s’est offert pour nous sauver.

Troisième Personne de la Trinité, l’Esprit-Saint représente en quelque sorte « l’extrémité » de Dieu, la surabondance divine. Par l’Esprit, Dieu surabonde d’amour en mettant le comble à Ses générosités en notre faveur. Aussi est-ce par l’Esprit que l’œuvre de salut est portée à sa perfection, qu’elle est accomplie, comme le proclame Jésus. Pour nous aussi, œuvrer dans l’Esprit, c’est être assuré que nos actions déborderont le cadre de nos objectifs initiaux pour produire des effets plus larges, des effets accordés au vouloir divin, et seconder de la sorte Jésus dans la grande œuvre de Rédemption du monde.

  1. « Jésus poussa un grand cri : Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46).
    Et sur ces mots il expira. C’est à Dieu que se rapporte la dernière parole de Jésus comme le fut sa première : Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? (Lc 2,49).

Saint Paul affirme que l’Esprit crie en nous « Abba, Père » (Rm 8, 15) parce qu’Il est le mouvement intérieur qui nous filialise, qui nous tourne vers le Père comme des fils aimants. En Lui, la Création retourne à Dieu librement, de même que Jésus remet son esprit au Père au terme de son existence terrestre. Le salut est accompli : pour nous, Dieu a cessé d’être le Maître pour devenir l’Ami et le Père. Dans l’Esprit, crainte et tremblement cèdent la place désormais à la liberté et à l’amour.

(Jean-Michel Castaing – Publié le 09/04/20 sur aleteia.org)